Le Trou de la Licorne :
un instantané de l’âge du Bronze
(Saint-Projet-Saint-Constant, La Rochefoucauld-en-Angoumois, Charente)
Date : 14 février 2026 à 10h30
Intervenante : Isabelle KEROUANTON, responsable de recherche archéologique, Inrap Nouvelle-Aquitaine et Outre-Mer, UMR 6566 CReAAH (Lara)
Lieu : Auditorium du Musée d’Archéologie nationale, Place Charles de Gaulle, Saint-Germain-en-Laye
C’est grâce à des travaux d’aménagement routiers et à l’intervention des spéléologues de l’association de recherches spéléologiques de La Rochefoucauld (ARS-LR) qu’un nouveau réseau a été découvert dans le karst de La Rochefoucauld, déjà bien connu des archéologues pour ses nombreuses grottes fréquentées ou occupées par l’Homme depuis la Préhistoire, et en particulier à l’âge du Bronze.
Tout a en effet commencé en février 2021 à l’occasion de l’implantation d’un lampadaire dans le bourg de Saint-Projet. Les travaux révèlent la présence d’une cavité souterraine jusque-là inconnue. Après plusieurs week-ends de désobstruction d’un boyau suffisamment large pour pouvoir s’y glisser, les spéléologues réussissent à pénétrer dans la grotte, qu’ils baptisent Trou de la Licorne. Les fragments de céramique, les vases entiers, les ossements (humains et animaux), les très nombreux charbons qu’ils y voient, ainsi que des traces de pas remarquablement conservées, les amènent très rapidement à faire déclaration de leur découverte auprès de la Direction régionale des affaires culturelles. Les visites d’expertise menées en 2021 confirment l’importance de la découverte.
À une vingtaine de mètres sous terre, le réseau se développe sur un peu plus d’1 km, avec une alternance de salles de différentes dimensions et de galeries plus ou moins étroites formant un véritable labyrinthe. La nature des occupations de ce réseau est multiple et sans doute complexe. Funéraire et activités domestiques semblent s’y côtoyer. Les nombreux vases fragmentés (dont plusieurs issus de récipients dédiés plutôt au stockage), les ossements d’animaux, les meules (entière ou fragmentée), semblent témoigner d’activités domestiques. Mais la sépulture de la grande salle, près de laquelle un remarquable ensemble de petits gobelets typiques de l’âge du Bronze final (vers 900 av. J.-C.) soigneusement rangés dans un grand vase recouvert d’un couvercle, témoigne de la vocation funéraire des lieux. De nombreux tessons, ou des vases entiers, sont éparpillés dans les différentes salles ou dans les galeries. Certains semblent cachés dans des anfractuosités de la roche. D’autres sont en position fonctionnelle, tel ce petit bol, placé au sommet d’un bloc, qui surplombe un gour (cuvette en calcite formant naturellement retenue d’eau), et semble prêt à servir pour y puiser de l’eau. Cet ensemble, comme les gobelets rangés près de la sépulture, donne l’impression de vases déposés la veille par les utilisateurs, dont on retrouve les traces, de pas ou de mains, imprimées dans l’argile.

© Christophe Maitay – Inrap
© Christophe Maitay – Inrap
L’état de conservation remarquable du Trou de la Licorne, mais aussi l’absence de perturbations par des fouisseurs ou des occupations humaines postérieures, permettent d’entrouvrir une exceptionnelle fenêtre d’étude sur les sociétés de l’âge du Bronze. Véritable instantané de l’âge du Bronze, et en particulier de l’âge du Bronze final grâce à la condamnation, volontaire ou naturelle, de l’accès au réseau supposée dans le courant du IXe s. av. J.-C., le Trou de la Licorne permet de s’approcher au plus près des populations de l’âge du Bronze et d’interroger leurs rapports avec le monde souterrain.
Conférence gratuite pour les adhérents, sur présentation de la carte – 5 € pour les non-adhérents.
Réservation obligatoire : reservation@amis-du-man.fr
Entrée dans la limite des places disponibles.

