Forger le ciel aux âges des métaux
Esquisse d’une archéoastronomie de l’Europe protohistorique
(2500-500 av. J.-C.)
Date : 23 mai 2026 à 10h30
Intervenant : Florent MATHIAS, docteur en archéologie, responsable de la salle d’étude des collections et de l’accueil des chercheurs, Musée d’Archéologie nationale – Domaine national de Saint-Germain-en-Laye.
Lieu : Auditorium du Musée d’Archéologie nationale, Place Charles de Gaulle – Saint-Germain-en-Laye
Les sociétés de la Protohistoire nous ont laissé une culture matérielle riche et complexe, mais nous ne disposons pas à ce jour de sources textuelles. Tenter de dépasser les limites des vestiges matériels pour essayer d’appréhender leurs concepts, leur pensée ou leurs savoirs est donc un enjeu complexe mais essentiel de l’archéologie. Dans cette perspective, l’approche des connaissances, des conceptions et des représentations en lien avec le ciel occupe une place à part, aussi bien par la rareté apparente des données exploitables que pour des raisons historiographiques.
L’intérêt pour le ciel de ces sociétés s’exprime à travers une variété de représentations, de croyances et de pratiques mais a longtemps fait l’objet de débats parfois violents entre astronomes et archéologues. Pour ces derniers, en effet, reconnaître un développement intellectuel si précoce au sein des sociétés européennes revenait à bouleverser totalement le modèle primitiviste hérité de l’Antiquité, lequel distinguait les peuples «civilisés» du monde méditerranéen des marges «barbares» de l’Europe occidentale. En outre, de nombreuses productions pseudoscientifiques ont très tôt contribué à déconsidérer ce domaine de recherche en exposant des théories aussi douteuses que fantaisistes. Ces dernières sont encore largement diffusées et popularisées, aussi bien par la presse que par certaines émissions télévisées peu scrupuleuses. À la fin des années 1970 pourtant, les efforts conjoints de nombreux spécialistes se sont conclus par un statu quo qui a donné naissance à un nouveau champ disciplinaire : l’archéoastronomie. Celle-ci se définit aujourd’hui comme « l’étude des croyances et des pratiques concernant le ciel dans le passé, et plus particulièrement dans la Préhistoire, et des usages que faisaient les populations de leurs connaissances du ciel » (Ruggles 2005).
Peut-on alors dire aujourd’hui que l’astronomie existait en Europe il y a plus de 4000 ans ? Est-il possible de restituer en partie ces savoirs et leurs utilisations ? Les réponses se trouvent à la croisée de l’archéologie, de l’histoire des sciences, de l’astronomie et de l’anthropologie sociale. En s’appuyant sur de nombreux vestiges matériels et des sites témoignant des différentes conceptions et représentations du ciel élaborées par les sociétés anciennes, mais également des exemples issus des civilisations méditerranéennes contemporaines, voire de comparatifs ethnographiques, les archéologues parviennent à esquisser ces formes de « proto-astronomie ».
Cette communication présentera une synthèse de ces problématiques, en se focalisant particulièrement sur une riche période chronologique s’étendant des derniers siècles du Néolithique – au milieu du IIIe millénaire av. J.-C. – jusqu’à la fin de l’Âge du bronze nordique, au milieu du Ier millénaire av. J.-C. dans le quart Nord-Ouest de l’Europe.
Conférence gratuite pour les adhérents, sur présentation de la carte – 5 € pour les non-adhérents.
Réservation obligatoire : reservation@amis-du-man.fr
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Stonehenge, heel stone © Petr Kratochvil

détail du rasoir de Neder Hvolris , © John Lee / Nationalmuseet, Copenhague

