Jean-Loïc Le Quellec, La Dame Blanche et l'Atlantide - Ophir et le Grand Zimbabwe - Enquête sur un mythe archéologique, éditions Errance, 2010, 285 p.

Cette enquête minutieuse, conduite autour d'une image rupestre célèbre, la "Dame Blanche", permet de faire un point sur les présupposés mythiques infusant nombre de recherches scientifiques, particulièrement dans le cas des études d'art rupestre.

Elle met aussi en lumière l'existence de surprenantes passerelles entre travaux savants et productions littéraires ou artistiques (romans, films, bandes dessinées, récits d'aventures). En effet, le dépouillement des archives et de la correspondance de l'abbé Breuil montrent que le moteur premier des travaux qu'il a réalisés en Afrique australe comme de ceux de son élève Henri Lhote au Tassili était la recherche d'anciennes colonies "blanches" disparues, et qui se seraient établies, dès la préhistoire, au coeur du continent Noir.

Tant Breuil que Lhote ont alors retrouvé sur les roches africaines des peintures rupestres qui leur ont paru représenter des "dames blanches" qu'ils ont aussitôt interprétées comme des déesses ou des reines propres aux anciens royaumes dont ils croyaient avoir découvert les vestiges. Ce faisant, ils ressuscitaient et nourrissaient à la fois deux mythes : celui d'une Atlantide saharienne pour Henri Lhote et, pour l'abbé, celui de l'identification des grandes ruines du Zimbabwe à la ville mythique d'Ophir, d'où, selon la Bible, le roi Salomon tirait ses fabuleuses richesses.
Avec le recul, nous voyons bien maintenant que leurs théories n'étaient qu'un reflet maladroit des idées de leur temps, particulièrement du contexte colonial au Sahara et de l'apartheid en Afrique du Sud. A leur insu, la production scientifique de ces deux savants avait pour fonction de justifier la présence blanche en Afrique, et elle fut amplement instrumentalisée dans ce sens. Pourtant, des études récentes ont désormais démontré que la "Dame Blanche" qui fascina tant l'abbé Breuil n'était en réalité ni blanche ni même une femme.

Une question demeure : si une telle interpénétration de la science et du mythe au service du politique fut possible au milieu du XXe siècle, qu'en est-il de nos jours ?